Bénédiction et inauguration du Nouveau bâtiment du Collège Saint-Grégoire
INTERVENTION LORS DE L’INAUGURATION DE L’AUDITORIUM DU COLLÈGE SAINT-GRÉGOIRE
Le vendredi 27 juin 2008 à 17h
Excellence, Mme Leila el Solh Hamadé,
Vice-Présidente de la Fondation Al Walid Ben Talal !
Révérends Pères,
Mesdames, Messieurs,
Chers Professeurs,
Chers Parents,
Chers Élèves,
C’est une bien belle et émouvante cérémonie que celle à laquelle nous participons ce soir ;
Belle car elle est une manifestation de courage, de générosité et d’amour de la part de la compagnie de Jésus, de la part du recteur de Jamhour et de la part de tous les administrateurs et éducateurs, religieux et laïcs qui l’ont accompagné dans cette aventure qu’a été la prise en charge et le développement du Collège Saint-Grégoire.
Courage, générosité et amour de votre part, aussi à vous tous, généreux bienfaiteurs qui contribuez à chaque fois à la réalisation de l’un ou l’autre de nos grands projets avec le même entrain, le même enthousiasme et la même confiance.
Émouvante car tout dans ce collège renaissant nous interpelle. Voyez-vous cet arbre dans la cour, nous sommes le mardi 1er mai 1923, il est sept heures du matin, reconnaissez-vous debout, au milieu des cabanes de bois et de tôles ondulées, le P. Mécérian, droit comme un I dans sa soutane noire, face à ces gamins échappés de l’enfer, ayant tout perdu dans leur longue marche et retrouvant avec lui leur langue, leur culture et leur foi ancestrale ?
Voyez-vous ce bâtiment, magnifique pour l’époque, sortir de terre et accueillir ses premiers élèves, à la rentrée de 1928 ? L’objectif était clair et vital, les pères jésuites venus d’Arménie voulaient un creuset où ces enfants s’enrichiraient et se renforceraient dans leur foi et leur culture ancestrale tout en s’intégrant dans la vie de la nation à laquelle ils appartenaient désormais et s’y développeraient harmonieusement.
En rangs, deux à deux, ils gravissent les marches sous le regard bonhomme mais strict du R.P. Kéchichian, et ils grandissent, ils réussissent et ils s’accomplissent !
Avec les années 70 et la guerre, le Collège perd en effectifs, la Communauté qui l’a vu naître s’exile et s’effrite, la mission lancée en 1923 va-t-elle être interrompue ? En 1998, il ne reste plus que 100 élèves dans ce bâtiment qui en a abrité plus de cinq cents. Mais, peut-on fermer un collège ? Victor Hugo a dit « qui ferme une école ouvre une prison », et la Compagnie de Jésus ne veut pas ouvrir de prison, elle ne fermera donc pas l’école.
Ce Collège continuera à former des-hommes-et-des-femmes-pour-les autres, il ne sera plus orienté vers la Communauté arménienne, qui y demeure la bienvenue, mais il s’ouvrira désormais à tout son entourage. Il partagera le même Projet éducatif et les méthodes pédagogiques que le Collège Notre-Dame de Jamhour, il réalisera ainsi le grand dessein que Dieu a voulu pour la compagnie de Jésus au Liban, celui de former des femmes et des hommes libres et utiles à leurs sœurs et frères.
J’ai l’honneur de faire partie du Conseil de gestion du Collège Notre-Dame de Jamhour, et lorsque le R.P. recteur nous a annoncé que Jamhour allait prendre en charge le Collège Saint-Grégoire, je dois avouer que j’ai lu, sur le visage de mes collègues, malgré les manifestations polies d’approbation, beaucoup de scepticisme et d’inquiétude. Voyez-vous, nous sommes tous les membres du Conseil, fruits de l’éducation maison, or dans cette maison, on obéit en premier, c’est vrai, et nous avons donc approuvé unanimement, d’autant plus qu’il s’agissait du provincial et du recteur. Mais dans cette maison, on nous forme aussi à réfléchir, à douter, à remettre en question, à penser out of the box comme disent les Anglo-saxons, et là, nous doutions un peu.
Mais au bout de quelques mois, nous étions pleinement convaincus, et je re-citerai Victor Hugo pour l’occasion : « La victoire changea de camp le combat changea d’âme » (dans le bon sens cette fois-ci).
Le R.P. recteur, les directeurs délégués qu’il avait nommés, Maroun Checrallah, Joseph Salamé et Christiane Tuéni, ainsi que tous les cadres et toutes les équipes du Collège Notre-Dame de Jamhour qui s’étaient impliqués à Saint-Grégoire avaient remporté une victoire éclatante sur le plan éducatif et académique. Restait au recteur, avec le support du Conseil de gestion, d’assurer le financement de la poursuite de ce grand projet qui était en train de se réaliser sous nos yeux.
Encore une fois nous nous sommes tournés vers vous, personnes généreuses qui avez toujours participé à nos actions, personnes généreuses qui croyez que l’argent est fait pour être dépensé pour le plus grand bien de l’Homme. Vous avez été là, comme d’habitude, pour répondre présent à notre appel et nous ne saurons jamais assez vous remercier. Nous avons rencontré Mme Layla el Solh, femme extraordinaire au cœur généreux, nous avons croisé la fondation Al Walid ben Talal, prince arabe et grand Libanais. Nous nous sommes rendu compte que nos objectifs coïncidaient, que nos valeurs coïncidaient, que nos méthodes de travail s’harmonisaient. Ensemble, avec vous, avec eux, main dans la main, nous avons réalisé de grandes choses et nous pouvons rendre de grands services.
Au nom des 85 générations d’élèves qui se sont bousculés dans les couloirs de cette maison, au nom des 85 générations futures qui vont chahuter dans ces cours de récréation je vous dis merci à chacune, à chacun, du fond du cœur. Pour le plus grand bien des hommes et pour la plus grande gloire de Dieu.

